Vous avez fait le tri dans votre dressing. Pull Zara porté deux fois, jean Levi’s qui ne vous va plus, robe Sézane achetée l’an dernier. La question se pose inévitablement : donner ou revendre ?
En 2026, l’arbitrage n’a jamais été aussi complexe. D’un côté, les plateformes comme Vinted et Leboncoin promettent un revenu d’appoint séduisant. De l’autre, les structures de collecte comme Le Relais et Emmaüs alertent : la qualité des dons s’effondre, et leur modèle économique vacille.
Plutôt que de choisir à l’instinct, voici un calcul complet — gain net, temps passé, empreinte carbone — pour décider en connaissance de cause, vêtement par vêtement.
Le calcul du gain net : ce que rapporte vraiment la revente
Vendre un vêtement sur Vinted, ce n’est pas empocher le prix affiché. Il faut soustraire les frais, le temps passé et les invendus.
Prenons un exemple concret. Vous vendez un pull en bon état à 15 € sur Vinted :
- Commission Protection acheteur : 5 % + 0,70 €, soit 1,45 €
- Port payé par l’acheteur (Vinted Go) : 0 € pour le vendeur
- Net perçu : 13,55 €
Jusque-là, le calcul est simple. Mais il faut y ajouter le temps :
- Préparation du vêtement (lavage, repassage, détachage) : 15 minutes
- Photos (5 photos de qualité, lumière naturelle) : 10 minutes. Consultez notre guide des 10 techniques photo pour Vinted pour optimiser cette étape.
- Rédaction de l’annonce (description, hashtags, prix) : 5 minutes
- Gestion des messages et négociations : 5 minutes en moyenne
- Emballage et dépôt en point relais : 10 minutes
Total : 45 minutes par article vendu.
Si vous valorisez votre temps au SMIC horaire (11,88 € net en 2026), ces 45 minutes vous coûtent 8,91 €. Votre gain net réel tombe à 4,64 €.
À l’inverse, déposer ce même pull dans une borne Le Relais vous prend 5 minutes. Et si vous passez par une structure agréée (Emmaüs, La Croix-Rouge), vous pouvez bénéficier d’une réduction d’impôt de 66 % de la valeur estimée du don — mais cela ne concerne que les dons en boutique avec reçu fiscal, pas les bornes de collecte.
Statistique clé : Le Relais collecte 270 000 tonnes de textiles par an en France et emploie 2 000 salariés en insertion. La contribution de 156 € par tonne versée par Refashion ne couvre plus les coûts de tri : la filière demande 304 € par tonne pour rester viable (source : 20 Minutes, juillet 2025).
Le seuil de rentabilité : à partir de quel prix revendre ?
Tout dépend de la valeur du vêtement et de votre disponibilité. Voici une grille de décision par tranche de prix :
| Prix de vente estimé | Gain net (après frais) | Temps passé | Gain horaire réel | Verdict |
|---|---|---|---|---|
| Moins de 5 € | 4,05 € max | 45 min | 5,40 €/h | Donnez. Le temps n’est pas rentable. |
| 5 à 10 € | 4,05 à 8,80 € | 45 min | 5,40 à 11,73 €/h | Donnez ou lot. Regroupez plusieurs petits articles en un lot pour mutualiser le temps. |
| 10 à 25 € | 8,80 à 22,80 € | 45 min | 11,73 à 30,40 €/h | Revendez. Le gain horaire devient supérieur au SMIC. |
| Plus de 25 € | 22,80 € et plus | 45-60 min | 22,80 à 40 €/h | Revendez sans hésiter. Rentabilité nette élevée. |
Pour estimer le prix de vente de vos vêtements par catégorie, référez-vous à notre guide des prix moyens seconde main 2026.
Impact carbone : revente et don, deux vertus différentes
La comparaison environnementale entre don et revente est contre-intuitive.
La revente directe (C2C) évite 1,8 kgCO₂e par article par rapport à l’achat d’un équivalent neuf, selon le rapport d’impact climatique de Vinted mené par Vaayu. L’avantage est mécanique : un vêtement qui change de mains sans passer par une usine de tri industrielle économise du transport, du lavage industriel et du conditionnement.
Le don, lui, passe par un circuit plus lourd. Les textiles collectés dans les bornes sont acheminés vers des centres de tri où ils sont séparés en 300 catégories. Ce qui est réemployable (environ 60 %) est soit vendu en boutique solidaire en France, soit exporté. Le reste est recyclé en chiffons ou isolant. Ce processus consomme de l’énergie — mais il traite des volumes que la revente ne pourrait jamais absorber seule.
Le paradoxe de la qualité : selon une enquête de FranceInfo (janvier 2025), les vêtements de bonne qualité sont de plus en plus captés par la revente sur les plateformes, laissant aux bornes de collecte des textiles de fast-fashion difficiles à valoriser. Résultat : le modèle économique du don s’érode alors même que les volumes collectés augmentent.
En clair, la revente a un meilleur bilan carbone unitaire, mais le don est indispensable au traitement de masse des textiles invendables. L’idéal, c’est de faire les deux : revendre ce qui a de la valeur, donner ce qui n’en a pas assez pour justifier le temps passé.
Don : ce que vos vêtements deviennent vraiment
Quand vous déposez un sac dans une borne Le Relais, voici le parcours probable de son contenu en 2026 :
- Collecte et premier tri : le contenu est acheminé vers l’un des 28 centres de tri Le Relais en France
- Tri en 300 catégories : par type, matière, état, saison
- Orientation :
- 5 à 10 % → boutiques solidaires Ding Fring en France (réemploi local)
- 50 % → export (Europe de l’Est, Afrique, Asie) pour réemploi
- 30 % → recyclage (chiffons d’essuyage industriel, isolant thermique Metisse)
- 10 % → élimination (déchets ultimes)
Pour approfondir le fonctionnement de la filière REP textile, lisez notre décryptage de l’économie circulaire de la seconde main.
La méthode mixte : le meilleur des deux mondes
La stratégie optimale pour votre dressing en 2026 est hybride :
- Revendez ce qui vaut plus de 10 € : marques recherchées, bon état, saison en cours. Consultez notre guide complet pour débuter sur Vinted si vous partez de zéro.
- Donnez ce qui vaut moins de 10 € ou ce qui présente des défauts légers : la borne de collecte traitera le flux que vous ne pouvez pas rentabiliser.
- Réparez ce qui est abîmé mais de qualité : le bonus réparation textile finance 6 à 25 € de la réparation chez un artisan agréé.
- Préparez bien ce que vous vendez : un vêtement propre et sans défaut se vend 30 à 50 % plus cher. Suivez notre guide de préparation avant vente.
FAQ
Est-il plus rentable de donner ou de revendre ses vêtements ?
Pour un vêtement de marque moyenne en bon état, la revente rapporte entre 5 et 25 € nets sur Vinted (après frais et temps passé). Le don ne rapporte rien financièrement mais fait gagner du temps et bénéficie d’une réduction fiscale de 66 % de la valeur estimée si vous passez par une structure agréée. Le seuil de rentabilité de la revente se situe autour de 8-10 € de prix de vente : en dessous, le temps passé rend le don plus avantageux.
Quel est l’impact carbone du don par rapport à la revente ?
Les deux options évitent la production d’un vêtement neuf. La revente directe entre particuliers sur Vinted évite en moyenne 1,8 kgCO₂e par article comparé au neuf. Le don passe par un circuit de tri industriel qui consomme de l’énergie et du transport, mais permet de traiter des volumes massifs (270 000 tonnes par an pour Le Relais) que la revente ne pourrait absorber seule. À l’échelle individuelle, la revente a un meilleur bilan carbone par article ; à l’échelle collective, le don est indispensable pour traiter les vêtements invendables.
Que deviennent les vêtements donnés dans les bornes Le Relais ?
Sur 100 kg de textiles collectés, environ 60 % sont réemployables (dont 5 à 10 % revendus en boutique solidaire en France, le reste exporté), 30 % sont recyclés en chiffons d’essuyage ou isolant, et 10 % sont éliminés. La qualité des dons baisse depuis 2020 à cause de la fast-fashion : les pièces de bonne qualité sont de plus en plus revendues sur Vinted, ce qui appauvrit le gisement des bornes de collecte.
Comment maximiser le prix de revente de mes vêtements ?
Les trois leviers les plus efficaces sont : des photos de qualité en lumière naturelle sur fond neutre (notre guide photo détaille 10 techniques), une description précise avec le nom exact du modèle et les mensurations, et un prix initial légèrement au-dessus du prix cible pour laisser une marge de négociation. Consultez aussi nos techniques de négociation Vinted et Leboncoin.